La réalité n’existe qu’à travers l’interprétation que l’on s’en fait, elle sera différente suivant les moments, les environnements, les états d’âme, les couleurs du ciel, les douleurs du corps. Interpréter c’est penser, penser c’est faire des phrases, utiliser des mots, la pensée se double de la parole, la parole se rend visible grâce à l’écriture. Mon écriture peinte souvent ne dit rien, elle n’est que signes illisibles, mais pour rendre visible ce rien, je peins l’espace entre les lignes, entre les mots. C’est dans cette révélation du rien que se dévoile l’acte poétique. Lire entre les lignes pour rendre compréhensible le non-visible, visible les non-dits. Penser, parler, écrire ; le langage est une matière, peindre la transforme en une réalité particulière. Cette matière trouvera peut-être un début d’explication chez celui qui la regarde avec attention, celui qui la verra comme un élément de sa propre réalité. Chaque tableau est une expérience vécue par le peintre et une autre, différente pour son visiteur occasionnel.
Les paroles sont du temps dans un espace, la série « Les silences » des espaces pour un temps immobile. L’écriture flotte comme un rideau qui parfois dévoile, parfois recouvre, parfois cache. Toutes créations contestent la réalité, la réalité visible, audible, intelligible, intuitive. Comment percevaient-ils leur réalité, les premiers hommes, avant le langage ? Comment et que pensaient-ils sans mots pour dire les paysages ?